Monsieur le Président de la République de Chypre, cher Níkos Christodoulídis,
Monsieur le Premier ministre de Malte, cher Robert Abela,
Monsieur le vice-président exécutif de la Commission européenne, cher Raffaele Fitto,
Monsieur le Commissaire européen, cher Kostas Kadis,
Mesdames et Messieurs,
Chers Excellences,
Je veux d’abord vous dire le plaisir qui est le mien d’être ici, à Chypre, et vous remercier, Monsieur le Président de la République, pour votre accueil si chaleureux.
Je veux vous adresser à toutes et à tous les salutations les plus chaleureuses de Madame la Présidente du Parlement européen, Madame Roberta Metsola, qui se félicite, bien évidemment, de cette stratégie.
Il n’est pas utile de rappeler que Madame Metsola est une insulaire, qu’elle vient de l’île de Malte et que, depuis fort longtemps, elle a milité en faveur de politiques intégrées pour les îles de l’Union européenne. Elle m’a confié la charge de la représenter ce matin, ici, à Chypre.
Monsieur le Président de la République, je veux, au nom du Parlement européen, vous féliciter pour les succès de votre présidence chypriote. Des succès nombreux, vous les avez rappelés.
« Pour la première fois dans l’histoire de la construction européenne, nous scellons une première forme de pacte entre l’Union européenne et les îles européennes. »
Je veux également vous féliciter pour votre engagement personnel sur ce dossier si important, historique, qui était celui de la conciliation entre les institutions de l’Union européenne pour les droits des passagers aériens. Nous avons fait la démonstration que l’Union européenne est aux côtés des intérêts et des attentes des citoyens européens. Et, pour cela, toute notre reconnaissance.
Je veux également dire que le moment que nous vivons ici est un moment, je crois, historique, car, pour la première fois dans l’histoire de la construction européenne, nous scellons une première forme de pacte entre l’Union européenne et les îles européennes.
Cette stratégie est l’aboutissement d’un long cheminement politique. Elle trouve notamment son origine dans la résolution adoptée à la quasi-unanimité par le Parlement européen lors de la précédente législature. Résolution que j’ai eu l’honneur de porter en tant qu’ancien président de la commission du développement régional, en tant que rapporteur, et qui appelait explicitement la Commission européenne à élaborer une stratégie européenne pour les îles.
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Cette résolution exprimait une conviction assez simple : les défis particuliers de l’insularité méritent enfin des réponses cohérentes, ambitieuses et intégrées.
Monsieur le vice-président exécutif de la Commission européenne, cher Raffaele Fitto, je veux saluer votre engagement personnel et vous remercier pour tout le travail accompli afin d’aboutir à la rédaction et à la publication de cette stratégie pour les îles européennes.
Je me souviens que vous étiez corapporteur avec moi. Mais je me souviens surtout que vous vous êtes engagé auprès du Parlement européen pour la mise en œuvre de cette stratégie. Vous avez tenu vos engagements. La parole a été tenue et je crois que cela est extrêmement important dans la confiance qui existe entre le Parlement européen et la Commission européenne.
Je veux aussi saluer l’ensemble des acteurs institutionnels, régionaux, académiques, associatifs qui, depuis tant d’années, ont contribué à faire émerger cette question dans le débat européen, et en particulier saluer le rôle joué par le Comité des régions ainsi que par la Conférence des régions périphériques et maritimes.
« Les îles européennes ont été, pendant trop longtemps, les oubliées de la construction européenne. »
Le chemin a été exigeant. Le chemin a été long. La reconnaissance, aujourd’hui, de l’insularité par l’Union européenne est là. C’est un moment historique.
C’est un moment historique parce que, pendant très longtemps, disons-le, les îles européennes ont été, d’une certaine manière, les oubliées de la construction européenne.
Et je le dis d’autant plus facilement que je viens de l’île de La Réunion, une région ultrapériphérique, et j’étais en permanence l’objet de remarques de mes amis insulaires, ici en Europe, pour me dire : « Mais toutes les avancées obtenues pour les régions ultrapériphériques, alors il faut faire la même chose pour les îles. »
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Eh bien, je leur ai dit : « Vous pouvez compter sur moi, je serai votre avocat. » Parce qu’en réalité, nous faisons partie de cette même et grande famille des insulaires, qui portons les mêmes ambitions et les mêmes objectifs pour l’Union européenne.
Car l’Union européenne a développé des politiques spécifiques pour les zones rurales, les zones montagneuses, les régions frontalières, et elle a oublié les régions insulaires, qui sont restées dans un angle mort.
Et c’est ce que votre stratégie, Monsieur le vice-président exécutif, corrige aujourd’hui.
Et je crois que ce n’est pas un hasard, en réalité, que cette stratégie apparaisse maintenant. Parce que le temps est un temps géopolitique.
Et ce XXIᵉ siècle nous oblige désormais à regarder l’Europe et à regarder le monde différemment. Une nouvelle géopolitique est en train de naître sous nos yeux et, d’une certaine manière, une nouvelle géographie également est en train de prendre forme.
« L’Europe est un archipel qui s’ignore. »
Cette stratégie nous invite à changer de regard et peut-être à changer notre propre représentation de l’Europe.
Depuis très longtemps, je défends une idée qui est simple : l’Europe est un archipel, un archipel qui s’ignore.
Nous oublions souvent que l’Europe est avant tout une péninsule du continent eurasiatique, profondément ouverte sur les mers et les océans. Elle est sans doute, de tous les continents du monde, le continent qui est le plus découpé, avec le plus grand nombre d’ouvertures maritimes et d’ouvertures sur les océans.
Aucun autre continent n’est à ce point ouvert sur autant de mers et d’espaces maritimes : la Méditerranée, la Baltique, la mer du Nord, l’Atlantique, l’Arctique, la mer Noire.
Et partout, la mer pénètre profondément dans les terres, façonne les paysages, les économies, les cultures et les imaginaires.
« Dans ce monde nouveau, nous ne sommes pas petits. »
L’espace maritime est immense. Et, lorsque je disais que nous devons changer notre regard, nous devons aussi, en tant qu’insulaires, considérer que, dans ce monde nouveau, nous ne sommes pas petits.
Chypre n’est pas une petite île. Malte non plus.
En réalité, nous sommes beaucoup plus immenses que les pays européens qui sont enclavés parce que nous ouvrons sur des espaces qui portent aujourd’hui des possibilités extraordinaires.
Vous l’avez dit, Monsieur le Président, en particulier avec l’économie bleue.
Donc, cet espace maritime est immense et, partout, le retour de la géographie dans les relations internationales redonne aux îles une importance nouvelle.
Nous le voyons, évidemment, dans les conférences des parties sur le climat. Mais nous voyons qu’aujourd’hui, partout sur la planète, chaque île est devenue importante pour les grandes puissances.
Elles sont aussi les premières face au changement climatique, à la pression des ressources, aux fragilités énergétiques, aux déséquilibres de connectivité, de mobilité, de logement, d’accès aux services publics.
C’est cela aussi, la réalité des îles.
Et elles sont confrontées à des problèmes divers.
Des problèmes différents des territoires continentaux, qui appellent, bien sûr, des solutions différentes et adaptées. Et c’est ce que cette stratégie, aujourd’hui, reconnaît.
L’Europe compte au total vingt-sept mille îles, habitées ou inhabitées. Sur la planète, je crois que c’est à peu près quatre cent ou cinq cent mille îles, de la plus petite aiguille jusqu’à l’Australie ou le Groenland. Donc, la réalité insulaire est considérable. Notre monde est un monde d’îles.
Et trois États membres de l’UE, cela a été dit, sont des îles.
Dans de nombreuses îles, pour nombre de citoyens européens, derrière la beauté des îles, qui est incontestable, de nombreux problèmes concrets se posent et se révèlent évidemment beaucoup plus forts qu’ailleurs. Nous l’avons vu, d’ailleurs, pendant les crises successives que nous avons traversées. Et puis, ce sont des problèmes structurels permanents.
Ce sont, par exemple, des coûts de transport qui peuvent dépasser de plus de trois cents pour cent ceux du continent, pour ne citer que cet exemple. Mais je pourrais en citer beaucoup d’autres.
Et tout ceci pour vous dire que l’insularité n’est pas une simple revendication identitaire. C’est une réalité quotidienne. Ce sont, bien sûr, des potentialités, mais ce sont aussi des difficultés, un coût supplémentaire pour les familles, pour les entreprises, pour les services publics.
Et cela doit aujourd’hui être reconnu. Il nous faudra évaluer, dans les prochaines années, le coût de l’insularité pour mieux le prendre en compte en amont dans l’élaboration des politiques européennes et de l’ensemble des politiques publiques.
C’est aussi pourquoi, cher Raffaele Fitto, cette stratégie est de première importance. Je crois vraiment que nous avons accompli un pas qui va dans une direction attendue de tous pour une meilleure prise en compte des îles.
« Lorsque l’Europe donne le sentiment d’appliquer les mêmes réponses à des situations qui sont très différentes, alors elle devient incomprise par les citoyens»
Je veux également dire que, pendant trop longtemps, l’Europe a été construite dans l’harmonisation. C’était nécessaire, évidemment, mais l’harmonisation, en tant que telle, ne suffit plus.
Car une règle européenne n’a pas les mêmes effets, évidemment, selon qu’elle s’applique au cœur du continent, dans une métropole très connectée, très attractive en matière d’investissements, ou sur une île parfois éloignée, dépendante des transports, qu’ils soient terrestres, aériens ou maritimes.
Et lorsque cette différence n’est pas prise en compte, lorsque l’Europe donne le sentiment d’appliquer les mêmes réponses à des situations qui sont très différentes, alors elle devient incomprise par les citoyens, et cela peut créer de la défiance.
Ces questions sont devenues un enjeu profondément démocratique et fondamental pour l’Union européenne.
C’est pourquoi cette stratégie, ce moment que nous vivons aujourd’hui à Chypre, est un moment important. Il marque la fin d’un oubli historique, mais il doit surtout marquer le début d’une ambition nouvelle : l’ambition d’une Europe qui assume pleinement sa vocation maritime, l’ambition d’une Europe qui regarde davantage vers ses mers et ses océans.
« L’Europe est aussi une puissance archipélagique. »
Cette dimension insulaire est un atout incomparable pour l’Europe. Elle relie notre continent à d’autres grands équilibres du monde et de la planète. Elle nous oblige à regarder vers la Méditerranée, vers l’Atlantique, vers l’Arctique, vers l’océan Indien, vers la Caraïbe, vers le Pacifique.
Elle nous rappelle que l’Europe n’est pas seulement une puissance continentale, qu’elle est aussi une puissance maritime, une puissance océanique, une puissance insulaire et, disons-le, une puissance archipélagique.
Et puis, notre contribution va sans doute aider à avancer plus vite vers ce droit des peuples insulaires à vivre dans leur pays. Je crois que c’est une aspiration fondamentale, en particulier pour les jeunesses insulaires.
Et si nous pouvons contribuer à la prospérité dans les îles, nous apporterons une contribution à ce que les talents, dans ce contexte démographique si difficile en Europe, puissent rester dans leurs îles pour y trouver un avenir, dans la paix et dans la prospérité.
Pour conclure, je veux dire que l’alignement des planètes est parfait puisque nous aurons la présidence irlandaise. Je sais combien la présidence irlandaise poursuivra les efforts accomplis pour rentrer dans le dur de la mise en œuvre de cette stratégie.
J’espère que nous irons désormais vers ce pacte des îles avec la présidence irlandaise.
Merci encore à vous toutes et à tous pour votre attention, et je vous souhaite une très belle journée.
Merci beaucoup.