Covid, guerre d’agression de la Russie en Ukraine… Des conséquences vertigineuses et multiples pour l’Europe

Prague, vendredi 2 septembre 2022. Younous Omarjee, Président de la Commission du Développement Régional au Parlement européen, s'est exprimé lors du Conseil informel des ministres de la Cohésion, organisé par la présidence Tchèque de l'Union européenne.
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Monsieur le Président, 

Madame la Commissaire, 

Mesdames et Messieurs les Ministres, 

Monsieur le Président du Comité des Régions, 

Mesdames et Messieurs, 

Permettez-moi tout d’abord de remercier la Présidence Tchèque d’accueillir cette réunion des Ministres chargés de la politique de cohésion dans cette magnifique ville de Prague qualifiée par André Breton de « capitale magique de la vieille Europe», tant Prague est témoin unique de l’histoire européenne.

Il y a 6 mois, au mois de mars 2022, nous étions réunis à Rouen en France. Et déjà tous nos esprits étaient occupés et préoccupés par la guerre d’Ukraine et les menaces que nous pressentions pour tout le continent européen.

6 mois plus tard, nous nous retrouvons dans un contexte encore plus lourd, avec des menaces qui se sont précisées tant pour le peuple ukrainien et les réfugiés à qui nous renouvelons notre solidarité, que pour l’ensemble des peuples européens qui dans leur vie commencent à endurer les impacts de cette guerre.

Réaction de Younous Omarjee à son arrivée à Prague, le 2 septembre 2022.

Je le disais à Rouen et je le répète aujourd’hui à Prague. Lorsque nous avons commencé cette législature, nous étions loin, très loin d’imaginer que nous serions rattrapés par l’Histoire. Par la pandémie du Covid d’abord qui nous a obligé, dans l’unité et la solidarité entre les États membres et les institutions à trouver des solutions pour en tempérer les impacts pour les peuples européens et dans les régions européennes.

Nous pouvons être fiers de la contribution de la politique de cohésion dans les réponses qui ont été apportées, à travers notamment les règlements CRII, CRII+ et REACT-EU. Aujourd’hui, l’Histoire nous rattrape par la guerre d’Ukraine, avec des conséquences vertigineuses et multiples.

Quand l’histoire frappe à la porte, il n’est pas possible de rester l’arme aux pieds.

Notre continent a dû faire face à l’un des mouvements de population les plus importants de toute son histoire. En quelques semaines au début de la guerre, des millions de réfugiés ukrainiens ont pris le chemin de l’exode vers des pays de l’Union. Le défi de l’accueil de ces réfugiés était immense pour les pays en première ligne.

Là encore, dans l’unité et la solidarité des solutions ont été trouvées. Et là encore nous pouvons être fiers de la contribution significative apportée par la politique de cohésion, à travers les règlements CARE que nous avons adoptés.

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Vous le savez, nous avons sur la table actuellement le règlement Fast-CARE. Je vous le dis en tant que Président de la Commission du Développement Régional. Nous mesurons l’importance de la conclusion rapide du processus législatif et nous espérons que le Conseil et le Parlement européen s’accorderont facilement.

Tout ceci montre et démontre une fois de plus la capacité de la politique de cohésion a faire face aux crises et envers et contre certaines idées reçues, sa très grande flexibilité. Quand l’histoire frappe à la porte, il n’est pas possible de rester l’arme aux pieds. Je ne vous apprends rien. 

Nous redoutons l’annihilation des effets positifs de la relance post-COVID et des reculs pour les objectifs de la politique de cohésion.

Vous savez tous que nous avons franchi aujourd’hui un degré supplémentaire dans les impacts de la guerre avec une conjoncture économique et des perspectives qui peuvent faire craindre le pire pour les semaines et les mois à venir, à commencer par une inflation galopante dans toutes les matières premières et dans tous les domaines et notamment une flambée des prix des coûts de l’énergie. Une perte en conséquence du pouvoir d’achat des citoyens européens ainsi qu’un ralentissement économique et des coûts grevés pour les entreprises.

Tout ceci cumulé, c’est l’annihilation des effets positifs que nous escomptions pour le plan de relance post-COVID et au final partout des reculs supplémentaires pour les objectifs posés pour la politique de cohésion.

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Dans ce contexte et malgré les difficultés rencontrées du fait des réponses à apporter aux situation d’urgence la bonne mise en œuvre des fonds EFSI, le rapide démarrage des programmes de cohésion 2021-2027 est un impératif et peut avoir des effets positifs au niveau macro-économique. Et à n’en pas douter, elle contribuera à atténuer du fait de sa force les effets négatifs de la guerre d’Ukraine. Notre parlement européen est très attaché au démarrage rapide de l’ensemble des programmes.

Dans ce contexte, il est je crois une autre priorité que nous partageons : délivrer l’Union des dépendances extérieures en matière d’énergie et notamment de la dépendance vis-à-vis de la Russie. Préparer nos territoires à l’éventuel arrêt de livraison de gaz Russe, est aussi une exigence. Sur cet objectif d’indépendance énergétique, le Parlement et la Commission REGI se tiennent prêts à avancer avec le Conseil. Et nous avons commencé à travailler sur la proposition REPower.

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Notre Commission et notre Parlement se hisseront toujours à la hauteur des responsabilités qui sont les nôtres avec aussi pour exigence première le respect des  grands  fondamentaux,  des  grands  équilibres,  des  justes répartitions qu’exigent les objectifs posés dans le Traité pour la cohésion.Ces objectifs de moyen et long terme ne doivent pas être perdus de vue.

Pour conclure, permettez-moi rapidement l’évocation de 3 sujets que j’appelle à votre engagement. 

L’Europe doit se parer d’un nouveau plan et d’un nouveau fonds pour l’adaptation au changement climatique

Cet été, la crise systémique du dérèglement climatique a poursuivi son long cours sur la scène du monde. De nouvelles catastrophes naturelles et de nouveaux phénomènes climatiques extrêmes ont à nouveau dévisagé l’Europe. Sécheresses hivernales, printanières et estivales, vagues de chaleur sans précédent, feux de forets record, tempêtes dans plusieurs pays avec des vents jusque 300 km/h en Corse, de la grêle qui a tué des milliers d’oiseau et ruiné des champs entiers. Le bilan pour les européens et les territoires frappés est lourd, extrêmement lourd, ils ne s’en relèveront pas de si tôt.

Face à ces catastrophes qui ne feront que se multiplier en nombre et en intensité dans les décennies à venir, l’Europe doit également se parer d’un nouveau plan et d’un nouveau fond pour l’adaptation au changement climatique. Pour limiter les conséquences des catastrophes avant qu’elles en frappent, et protéger ainsi nos concitoyens et nos territoires.

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Nous pourrions commencer dans le cadre du budget actuel par un fonds à l’instar du fonds européen pour la jeunesse, en doublant les fonds européens qui auront été investi par les régions et les États pour l’adaptation au changement climatique.

J’appelle aussi à l’augmentation du budget du Fonds de solidarité de l’Union européenne (FSUE) qui n’a déjà plus assez pour couvrir les catastrophes survenues en 2021. 

Nous demandons la mise en oeuvre d’un “Pacte des îles”, et de faire de l’année 2024 l’année européenne des îles.

Le Parlement adoptera dans deux semaines à Strasbourg, un rapport sur les régions transfrontalières dans lequel nous appelons le Conseil à avancer avec nous sur ce règlement.

Je vous le dis à nouveau, nous sommes préts à travailler sur ce mécanisme [European Cross-border Mechanism, ECBM] tout en entendant les demandes qui sont celles du Conseil. Nous vous appelons à avancer sur ce dossier. Que diriez-vous du Parlement si de notre coté nous nous mettrons aussi à bloquer des textes en refusant de rentrer dans les procédures législatives. Cette façon de mettre au congélateur des dossiers n’est pas de bonne méthode. Si vous avez besoin de gages de bonne volonté et d’écoute pour avancer, je m’y engage.

Enfin je veux vous dire que, le Parlement européen a adopté en plénière à la presque unanimité le 7 juin dernier, avec le soutien de la Présidente Metsola, un rapport concernant les régions insulaires européennes.

Dans ce rapport était notamment formuler les demandes de mettre en œuvre un Pacte des îles, sur le modèle du Pacte urbain ; et de faire de l’année 2024, l’année européenne des îles. Il appartient désormais au Conseil de répondre au vote du Parlement et aux attentes de l’ensemble des régions insulaires européennes qui totalisent plus de vingt millions d’habitants.

Depuis trop longtemps, il y a une sous-estimation des enjeux insulaires dans les politiques européennes. Les régions insulaires et les institutions européennes doivent enclencher de nouvelles relations pour aboutir à une nouvelle vision stratégique. La Commission du Développement Régional et le Parlement européen sont déterminés pour agir en ce sens.